Hôtel Castellana

 
  • Sophie a aimé ce livre
     
  • Partager ce billet
     
  • Fiche technique
  • Titre : Hôtel Castellana
  • Auteur : Ruta Sepetys
  • ISBN : 9782075134736
  • Éditeur : Gallimard
  • Année de publication : 2020
  • Nombre de pages : 450 pages
  • Niveau de difficulté : intermédiaire
  • Public cible : 13 ans et plus
  • Genre : Historique
  • Mots-clés : Espagne, Franco, Amour, Famille,
Sophie a aimé ce livre

1957. Accompagnant ses parents en Espagne, dans le riche hôtel Castellana, Daniel découvre l’Espagne de Franco. Capturant une scène troublante qui lui vaut une réprimande de la Guardia, le jeune homme prend rapidement conscience que ce qu’on montre aux visiteurs n’est pas ce qui se passe vraiment. La vraie vie des Espagnols, celle qu’il découvrira en se rapprochant de Ana, femme de chambre à son service, est remplie de peur, murée par le silence obligatoire. Et encore plus encore pour ceux qui sont républicains. Ou enfants de républicains. Car Franco est bien déterminé à éradiquer les esprits rebelles, peu importe ce que cela demande.

Spécialiste dans l’art de créer des fictions qui ouvrent les yeux sur des réalités historiques méconnues, Ruta Sepetys lève le voile sur l’Espagne sous le régime dictatorial de Franco. Roman construit en caléidoscope, présentant le destin de nombreux personnages et entremêlant Histoire, politique, enquête et sentiments, Hôtel Castellana s’adresse aux grands lecteurs.

Mon avis

Chaque roman de Ruta Sepetys est un évènement en soi. Il faut dire que l’autrice a su gagner l’admiration de nombreux lecteurs grâce à la force de sa plume, qui met la lumière sur des pans de notre Histoire commune méconnus, ou gardés volontairement secrets, et qui donne vie à des personnages nuancés et riches, auxquels on s’attache.

C’est encore le cas ici. D’un côté, il y a Daniel, le fils d’un magnat du pétrole texan (mais aussi d’une mère espagnole qui s’est assurée que ses racines soient métissées). Si son paternel aimerait le voir suivre ses traces, Daniel, lui, rêve de devenir photojournaliste et voit en ce voyage la possibilité de faire ses premières photos sur le terrain. Mais l’Espagne qu’l va découvrir n’est pas celle qu’il croyait rencontrer et c’est à travers son regard extérieur que Ruta Sepetys fait vivre au lecteur le choc de la réalité.

À ses côtés, Ana est au point d’équilibre – ou de rupture – entre les deux univers. D’un côté il y a ce boulot à l’hôtel qui lui permet de côtoyer de riches Américains et de découvrir à quoi le monde ressemble, en Amérique, qui lui permet de gouter la liberté par procuration. Mais le soir, quand elle rentre dans son quartier, dans la seule pièce qui leur sert de maison, qu’elle retrouve sa sœur qui peine à trouver de quoi continuer à payer la tombe de leur mère, son frère, Raphaël, qui cherche par tous les moyens à offrir une carrière de Torrero à son ami Fuga, c’est la misère. À travers sa famille, on découvre une Espagne dictatoriale qui interdit aux endeuillés de familles républicaines de pleurer leurs morts, qui permet la seule religion catholique, qui n’hésite pas à utiliser la violence pour parvenir à ses fins.

Puis il y a Puri, cousine d’Ana complètement convaincue par les principes de Franco, sure que cet homme fait pour le mieux, pieuse, silencieuse. Travaillant dans un orphelinat, Puri verra toutefois le vernis du mensonge craqueler lorsqu’elle découvre les archives. Et, bien malgré elle, elle se posera des questions. Qui sont vraiment ces bébés ?

En entremêlant leur destin, donnant tour à tour la parole à l’un ou à l’autre, Ruta Sepetys parvient à faire découvrir de multiples facettes de cette Espagne des années ’50, des corridas à la posture des femmes, des vols d’enfants aux enjeux politiques. Par ailleurs, en ajoutant au fil du récit des extraits de textes officiels, de lettres et de rapports américains, elle montre aussi comment le reste du monde ne savait pas comment réagir face au dictateur. Comment ce qui se passait sous sa gouverne était parfois su, souvent tu.

« Il y a des choses dont on ne peut pas parler, un tiroir sombre où sont exilées les vérités inexprimables. Julia le connait bien. Tais-toi. Ne dis rien. Estamos mas guapas con la boca cerrada. "Nous sommes plus belles avec la bouche fermée." »

Hôtel Castellana, c’est au final un roman sur le silence. Celui qu’on se force à garder parce qu’on craint pour sa vie, pour celle de ses proches. Celui qui nous ronge peu à peu et nous empêche de nouer des liens parce qu’il y a trop de non-dits, parce que l’autre ne peut pas comprendre. Celui que des auteurs, autrices, comme Ruta Sepetys ici, peuvent briser pour permettre à la vérité d’éclater.

Si ce n’est pas mon préféré de l’autrice (je crois que rien ne pourra battre l’émotion ressentie à la lecture de Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre), ce roman-ci reste d’une grande force, alors que le délicat équilibre entre Histoire et fiction semble atteint d’un bout à l’autre. Chapeau.  


Billet corrigé par Antidote 9 juste avant d'être publié par Sophie le 28 mai 2020.

Vous avez aimé le billet ? Procurez-vous le livre…

Hôtel Castellana
Ruta Sepetys
Sophie a aimé ce livre
sur leslibraires.ca.
Vous avez trouvé une faute ? Oui, j'en laisse parfois passer. N'hésitez pas à me la signaler à sophiefaitparfoisdesfautes@sophielit.ca et je la corrigerai ! Merci et bonne lecture ! :-)

Ajoutez votre voix à la conversation

Nouveau commentaire

(ne sera pas affiché)
Votre commentaire :

Ce site aime la langue française, merci de ne pas trop la maltraiter dans votre commentaire.
ANTI-SPAM : Combien font 2-1, écrit en lettres ?
Réponse : (indice : entrez un chiffre inférieur à deux)
• • • •
Hôtel Castellana
Ruta Sepetys