Bien avant le 6 octobre, la narratrice vivait dans une colère intense au fond des trippes, de celle qu’on trouve cute chez les enfants, mais qui peut faire peur à l’adolescence. Mais voilà, il y a eu le 6 octobre. Et depuis, la colère n’a plus de début, plus de milieu, plus de fin. Et la narratrice ne voit pas comment un psy, engagé par ses parents suite à un geste violent qu’elle a posé envers elle-même, pourrait y changer quoi que ce soit.
Ayant d’abord existé sous forme de pièce de théâtre, cette histoire prend la forme d’un roman graphique où les lignes dures et les couleurs froides, éclatées, donnent corps à la force des émotions ainsi qu’à la grande détresse de l’héroïne. Parlant d’écoanxiété, de la violence qu’on ne peut pas toujours contenir en soi, d’amitié intense et de deuil, ce récit s’adresse à un lectorat mature.
C’est très beau comment, à la fois dans le texte et dans les illustrations, magnifiques, les créateur·rice ont su rendre le sentiment de la narratrice d’être dépassée, d’être démunie, de ne pas pouvoir agir, d’avoir trop agi. Sachez-le, En crise se lit d’un trait : c’est un livre qui nous prend un peu en otage, en apnée, avec les passages sur Houdini pour offrir peut-être une bouffée d’air hors de cette colère qui ne semble pas trouver d’échappatoire. Et pourtant.
Il y a une originalité certaine dans le thème, le traitement. Dans le choix des couleurs, les lignes explosives. Dans la façon dont cette ado se révolte, s’exprime, se révèle fragile au final, comme souvent le sont ces personnages enfermés dans leurs poings.
« Parce que je voudrais que ce soient ses bras à elle qui soient là, autour de moi. »
Mention spéciale au jumelage de l’histoire avec celle d’Houdini, qui conduit vers une fin plus lumineuse qui nous laisse quand même cette impression forte qu’il faut trouver des chemins à la colère pour éviter qu’elle explose en nous…
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