







C’est à huit ans que Cass a compris qu’elle était grosse. Grosse et laide, merci à son colon de paternel pour l’illumination. Entre sa famille dysfonctionnelle, ses amitiés qui vivent leurs propres difficultés et ce monde dans lequel elle ne cadre pas, surtout pas quand il est question de robe de bal, Cass cherche une façon de survivre. Même si ce n’est pas la bonne.
Bref récit coup de poing qui aborde frontalement les thèmes du poids, des troubles alimentaires et de la violence familiale, T’es belle, pour une grosse est complexifié par sa forme atypique. Pour un lectorat intermédiaire.
Avec T’es belle pour une grosse, Leméac (et bien sûr Simon Alarie) fait encore la preuve que cette maison fait de la littérature jeunesse hors de l’ordinaire, hors frontières. Parfois ça donne des récits à contrecourant, plus complexes à présenter, parfois ça crée des coups de poing qui frappe le cœur de la cible. C’est le cas ici, avec ce texte, le premier roman du scénariste, sans marque de dialogues (et qui en est pourtant rempli), avec cette langue rêche, rugueuse, ce personnage lucide, blessé, résilient, qui nous amène peu à peu vers la réalité. La grande force du récit, c’est sa forme : on comprend au départ que Cass parle à une thérapeute, et revient sur son histoire par couches successives, révélant ses différents traumatismes au fil de l’intrigue, dévoilant ses fractures, les étapes de sa chute, ses petites victoires aussi. Parce que tout n’est pas sombre malgré la dureté du milieu. Parce qu’il y a cette amitié qui, même si elle éclate, reprendra sa fonction de filet.
C’est un roman qu’on lit en apnée, à la fois prisonnier·ère de cette histoire et de cette écriture condensée, sans respiration, qui nous oblige à prendre part au sens, à la fois pressé·e de découvrir la suite.
Puissant.





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