







Dans un monde qui n’est constitué que de noir et de blanc aux yeux de la plupart des habitants, Céleste Arc-en-Terre a développé sur le tard sa capacité de manier les couleurs. Encore malhabile, elle n’aurait donc pas dû être acceptée à l’Académie Rosamonde, là où les plus doués sont appelés à former la première cohorte de futurs coloristes. Seulement, voilà, l’adolescente possède la particularité de distinguer les nuances des auras de ceux qui l’entourent et cette rareté suscite l’intérêt des professeurs. Admise dans cette école où ses faibles peintures côtoient les flamboyantes capacités de ses collègues, Céleste aura du mal à ne pas céder à la tentation de la facilité. Et dans une réalité où les coloristes font peur, voire s’attirent la haine de certains groupes plus violents, ouvrir la porte à l’ennemi pourrait bien être fatal…
Roman de fantasy se déroulant dans un monde en noir et blanc alors que l’apparition des couleurs vient bouleverser l’ordre établi, le premier tome de la série Académie Rosamonde parle de différence, de confiance en soi, de pression de performance, de dépendance, d’amitié et d’entraide. Complexe, dense et long, ce récit vise un lectorat avancé.
Dès les premières phrases, Jade Iseult pose le ton : on a beau être en littérature jeunesse, on ne fait pas de compromis ici sur la qualité du vocabulaire et la complexité de l’intrigue. L’autrice fait même le pari d’une exposition assez longue et plutôt lente pour placer son univers. Il faut donc être patient·e au départ et attentif·ve vu la quantité d’informations disséminées dans le texte… et hors du texte (il y a en effet de très nombreuses notes de bas de page, tantôt pertinentes bien que ce qu’elles nous indiquent aurait pu être dévoilé au fil de l’intrigue et tantôt moins nécessaires, comme le détail des ingrédients de certains plats).
Ainsi, tout le premier quart est un peu aride, néanmoins on sent qu’il y a une originalité dans l’univers présenté et c’est ce qui m’a donné envie de poursuivre ma rencontre avec ce récit qui tient plus des Fiancés de l’hiver que dans Nevermoor. En effet, s’il y a de la magie et de l’éblouissement par moment, c’est surtout les rouages complexes de ce monde qui importent, les déchirements qui le traversent aussi. Parce que deux religions s’affrontaient déjà (ou avaient trouvé une certaine zone d’entente), soit la Lumière et l’Ombre, et que les nouveaux adeptes des couleurs viennent perturber tout le monde. Il y a donc toute une intrigue politicoreligieuse qui s’ajoute à l’histoire plus personnelle de Céleste, nourrie par les extraits de différents textes imaginaires placés en chapeau de chaque chapitre.
Vous êtes encore là ? C’est complexe, mais ça vaut la peine, je vous l’assure. J’ai aimé le fait que Céleste soit noire et parle de ses locks sans que ce soit un sujet en tant que tel (et bravo pour la couverture) tout comme j’ai aimé les failles de cette héroïne. L’angle choisit par Jade Iseult, soit la pression de performance qu’elle se met alors qu’elle n’est pas à la hauteur de ses pairs, et ne le sera jamais, justement, permet d’amener des thématiques telles que la dépendance, rarement vues dans ce type de récit. C’est aussi intéressant que la narration extérieure nous permette d’observer différents points de vue. Casanova, le président (un peu stéréotypé) du pays de Froment et Lune, une militaire d’abord anti-couleurs aux prises avec des crises de colorisme qui doit suivre une formation malgré elle, me semblent les plus prometteurs.
En bref ? C’est un récit engagé, original et bien mené qui nécessite de la patience et de la persévérance vu la lenteur de l’installation de l’intrigue et la complexité de l’univers présenté. C’est toutefois souvent le cas avec un premier tome et le meilleur est à venir…





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