« Cher chef de police »
Ainsi commence la lettre que Brianna Jonnie, 14 ans, autochtone, écrit. Brianna est entraineuse de natation, danseuse, excellente élève, bénévole, amie. Fille d’une mère célibataire qui l’aime plus que tout, fille aussi d’un père toxicomane avec qui elle n’a aucun contact, adolescente qui n’a pas d’instinct de fugue, qui ne prend pas de drogue. Et qui, pourtant, a plus de chance de disparaitre, de se faire agresser, violer parce qu’elle est autochtone. Et qu’elle a moins de chance qu’on parle d’elle rapidement, de ce qu’elle est vraiment, pour que tous soient attentifs et puissent la rechercher si elle disparait. Parce qu’elle est une fille, autochtone.
Écrit au « tu », ce roman graphique percute tant par son texte que par ses illustrations et démontre, avec des faits, des exemples, la réalité actuelle des filles autochtones et la conséquence de ce traitement différent : les agresseurs ont l’impression « que la vie des jeunes filles autochtones ne compte pas ».
Cette nouveauté Griff chez Isatis (qui propose des œuvres alliant narration, poésie dans certains cas, et images fortes) est devenue mon titre préféré de la collection, rien de moins. Il faut dire que Si je disparais aborde un sujet brulant, d’actualité, interpelant… et que c’est superbement écrit, avec une structure narrative des plus efficaces. Des semaines après l’avoir lu, le récit nous hante encore.
Avec brio, dans cette lettre qui interpelle tant le chef de police (auquel Brianna Jonnie a vraiment écrit en 2016) que le lecteur, l’autrice montre bien que le traitement différent réservé aux jeunes filles autochtones est responsable du sentiment d’impunité chez les agresseurs. Et ce qui impressionne dans ce texte de Brianna Jonnie et Nahanni Shingoose, c’est entre autres sa sobriété, très bien rendue par la traduction de Nicholas Aumais. Il n’y a pas de superflu, seulement la réalité. Son impact est par ailleurs encore amplifié par les illustrations de Neal Shannacappo, qui utilise le rouge comme force de frappe, venant mettre juste certains éléments en relief dans ses différentes compositions. Vraiment, c’est un incontournable. Chapeau !
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Bonjour,
Pourriez-vous me dire si cette oeuvre est appropriée pour des élèves de 1re secondaire? Meilleures salutations.
Réponse de Sophie : Oui, tout à fait, si c'est accompagné !