Chloé n’a jamais cru à la théorie de la fugue pour expliquer la disparition d’Henry, le soir de la tempête. De retour dans la petite ville où vit son père pour y passer les vacances de printemps, l’adolescente est bien déterminée à faire la lumière sur ce qui s’est produit et à prouver qu’il y a un ou une responsable. Même si cela implique de faire voler en éclats le petit groupe de ses amis d’enfance en déterrant les secrets de chacun…
Thriller déconstruit, se partageant entre deux narrations et deux temporalités, avant et après la nuit de la tempête, Deep Water est un roman australien qui laisse aussi une large part à la psychologie, parlant de famille, de violence familiale, d’amitié, d’amour et d’identité. Pour un lectorat habile et avisé.
J’ai beaucoup aimé lire ce roman sombre et dense. Pour sa structure d’abord, alors que passé et présent se croisent et que les souvenirs dévoilent peu à peu tout ce qui sous-tend les comportements de chacun, mais surtout de Mason, le demi-frère du disparu. C’est lui que soupçonne principalement Chloé, puisque le garçon semble être à la dérive, buvant trop, explosant trop souvent dans une violence qu’il n’est pas en mesure de contrôler. C’est aussi sa réalité à lui que l’autrice Sarah Epstein explore dans les séquences qui ont lieu avant la tempête, dévoilant le climat toxique qui règne à la maison et qui divise les frères tout en donnant peu à peu à Mason l’impression qu’il n’est pas une bonne personne et qu’il n’a aucune chance de s’en sortir.
L’atmosphère est particulièrement réussie, sombre, lourde. Il y a Chloé qui navigue entre les secrets, les siens comme ceux des autres, frustrée par le manque d’action de la police locale (et les liens trop étroits de cette dernière avec certains suspects). Au fil des pages, on découvre que sa propre culpabilité est un moteur, l’adolescente ayant pris une décision qui a pu causer une partie du problème le soir de la tempête. Il y a aussi les indices qui sont retrouvés peu à peu et qui soulèvent d’autres coins du tapis, nourrissant les soupçons. Et il y a les scènes dans la maison de Mason et Henry, avec leur mère manipulatrice, cruelle, la lente descente aux enfers de l’ainé. Mais attention, il ne faut pas perdre de vue le reste des personnages…
Le petit plus ? Plusieurs adultes révèlent au cours du récit des pans de leur propre jeunesse qui font écho à ce que vit le groupe principal, montrant ainsi ce que leur adolescence a pu laisser comme traces, comme cicatrices. Intéressant !
Mon seul bémol ? La phrase écrite sur la couverture n’est pas très représentative, sachez-le !
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