L'huile d'olive ne meurt jamais

 
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  • Fiche technique
  • Titre : Huile d'olive ne meurt jamais (L')
  • Auteur : Sophie Chérer
  • ISBN : 9782211223034
  • Éditeur : l'école des Loisirs
  • Année de publication : 2016
  • Nombre de pages : 162 pages
  • Niveau de difficulté : intermédiaire
  • Public cible : 12 ans et plus
  • Genre : Réaliste
  • Mots-clés : Résistance, Mafia, Italie
Jean-François Tremblay a aimé ce livre

Billet rédigé par Jean-François Tremblay, enseignant

Les parents d’Olivier, un jeune Français de seize ans, ont gagné un voyage familial en Sicile. Heureux de cette chance, l’adolescent n’a toutefois aucune envie de passer ses journées en leur compagnie à caracoler entre les restaurants de pâtes, les marchés pittoresques et les musées. Au volant de sa motocyclette louée, il part à la recherche d’une inconnue, la baronne Cordopatri, vieille cultivatrice d’olives admirée par son amour secret du lycée. Cela n’a cependant rien d’une balade de touriste. La baronne est une veuve persécutée, mise au ban de la société – à l’exception des quatre agents de police armés jusqu’aux dents qui la suivent en permanence –, qui a tout perdu, jusqu’à son frère et son mari, tués parce qu’ils refusaient de se mettre à genoux devant la mafia. Tout perdu, sauf son amour-propre, et son petit lot de terre. En allant à sa rencontre et en souhaitant travailler pour elle, Olivier a-t-il pleinement conscience du danger qui le guette en se mêlant à l’univers criminel?

L’huile d’olive ne meurt jamais est un roman réaliste qui se transforme rapidement en une aventure en plein cœur des cultures italienne et mafieuse. Sophie Chérer fait plusieurs clins d’oeil à d’authentiques personnes au fil de son récit, dont cette surprenante et inspirante baronne Cordopatri, permettant aux lecteurs de se sensibiliser à ce qu’ont vécu d’admirables femmes victimes indirectes de cette organisation criminelle. Originellement publié en 2001, le roman vient d’être réédité en 2016 et s’adresse aux lecteurs intermédiaires.

Mon avis

J’avais adoré la sensible intelligence de Sophie Chérer dans L’ogre maigre et l’enfant fou, et l’on ne cesse de me vanter La vraie couleur de la vanille, qui patiente pourtant encore dans ma pile de livres à lire. Malgré l’enthousiasme suscité par ces expériences, j’ai rapidement déchanté au contact des premières pages. Le lecteur non initié à la culture italienne se perd entre ses deux histoires menées en parallèle qui présentent des personnages aux allures caricaturales. Après avoir pris le temps de relire le nom de l’auteure sur la couverture, j’ai heureusement décidé de poursuivre…

En effet, dès le chapitre suivant, le livre déborde soudainement d’audace et de force! La scène où Caroline, l’adolescente dans la mire d’Olivier, lit son texte en classe sur la baronne italienne en constitue d’ailleurs un moment fort. Devant la moquerie d’un camarade, elle n’hésite pas à foncer, tête levée, pour s’assumer et défendre vigoureusement ses idées. Ce passage est criant d’authenticité et pave la voie à un roman où les femmes et leur courage sont à l’honneur – avec un héros masculin! Se poursuivent donc l’histoire d’Olivier, qui part à la rencontre de la cultivatrice en Sicile et, en alternance, l’histoire d’une simple mère de famille italienne, aux prises avec un mari gentil, mais mafioso, et dont la vie changera à la suite de la télédiffusion d’un reportage sur des femmes de mafieux qui encouragent leurs consoeurs à émanciper leur famille du crime organisé.

Au final, si quelques passages peuvent sembler grotesques, l’essentiel n’en demeure pas moins solide. D’ailleurs, on peut se demander si ces passages n’étaient pas plutôt souhaités tels quels par l’auteure, illustrant ainsi la tendance de l’humain à flirter avec le ridicule. C’est ce que les mots justes et riches de son écriture chargée d’aisance laissent plutôt penser. Sa description du coup de foudre d’Olivier pour Caroline est à cet effet savoureuse!

« Avant[…] son prénom sonnait autrement. Il ne sonnait pas du tout. À présent, il l’apprivoise, il le repeint, il le polit. Il se sert de tout ce qu’elle a dit, des livres qu’elle lui a conseillés, des chansons qu’elle a chantées, des émissions de télévision qu’elle a regardées, des couleurs qu’elle a portées, pour s’approcher d’elle à son insu. Il se sert du fond du cœur. Il se sert du bout des ongles. […]Il prend appui sur le peu qu’il sait, le peu qu’il voit, pour aimer de toutes ses forces tout le reste, qui lui échappe. »

Et si d’autres scènes liées à la mafia peuvent paraitre tirées par les cheveux pour un jeune lecteur québécois, une rapide recherche Internet confirme la véracité de plusieurs aspects de l’histoire : la baronne, la révolte de femmes de mafieux en Italie et certains exemples d’enfants assassinés, pauvres victimes collatérales de milieux pourris par le crime. Malgré certains de ses défauts exposés, la culture italienne sort somme toute indemne du livre. La mafia est attaquée; la culture est encensée. Si le crime et ses fusils peuvent tuer bien des splendeurs, ils ne peuvent rien face à la littérature, l’amour, la musique ou… l’huile d’olive.


Billet corrigé par Antidote 9 juste avant d'être publié par Jean-François Tremblay le 31 mars 2016.

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L'huile d'olive ne meurt jamais
Sophie Chérer
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