Capitaine de son équipe de natation, mascotte de castor au centre commercial du coin, bien entouré par sa famille et ses amis, Mathéo n’a jamais vécu de problème avec son poids. Jusqu’à ce qu’un autre adolescent l’insulte en compétition. Alors, Mathéo ne voit plus que ça. Son corps, plus grand et gros que celui des autres. Et puisqu’il vit en même temps une situation difficile à son travail, c’est comme s’il ne savait plus à quoi se raccrocher. Pour retrouver ses repères dans l’eau comme dehors, il devra accepter sa vulnérabilité… et faire confiance aux autres.
Abordant le thème de la grossophobie, Pierre-Alexandre Bonin signe avec Mathéo à contre-courant un récit ancré dans le quotidien des ados d’aujourd’hui et qui parle aussi de l’amitié, de l’amour et de l’intimidation. Pour un lectorat intermédiaire.
Je dois le dire d’emblée : j’aurais voulu aimer davantage ce récit. Parce que le thème est crucial, qu’on manque de romans qui en parlent en littérature pour ados au Québec, que le cadre est riche en possibilités, notamment avec la natation, qu’on sent que l’auteur tire de ses trippes la matière avec laquelle il travaille et, finalement, que les émotions de Mathéo, entre autres, touchent la cible.
Mais voilà, il y a aussi des lacunes. Sur le plan de l’histoire, la plus importante est sans doute la difficulté de croire que Mathéo n’a jamais reçu de commentaires négatifs sur son poids quand on sait quelle jungle peut être le secondaire (malgré toute la bienveillance de plusieurs). Ardu aussi d’imaginer qu’il flanche si profondément après une seule attaque (même si elle n’est pas mineure) alors qu’il est si bien entouré. On sent que Pierre-Alexandre Bonin a voulu prendre soin de son personnage, qu’il a souhaité lui offrir du « doux », un environnement positif et compréhensif, mais ça ne sert pas l’intrigue, au contraire. Par ailleurs, trop souvent on flaire sa présence rassurante derrière, alors que Mathéo explique son émotion au lieu de simplement la vivre et de laisser les lecteur.rice.s faire leur bout de chemin pour en tirer des conclusions. Comme si l’auteur voulait expliquer son propre cheminement pour donner de l’espoir à celles et ceux qui sont en difficulté. C’est louable et sans doute que ça fera du bien, mais c’est parfois étrange.
Sur le plan de la langue, outre les virgules bizarrement placées qui hachent la lecture (c’est mon côté obsessive qui parle ici, j’en suis consciente), le vocabulaire employé par Mathéo ne cadre pas toujours avec son âge et crée des coupures. « Placoter » et « mon comique », c’est surprenant dans sa bouche, d’autant plus que sa meilleure amie Marianne, elle, utilise des expressions plus actuelles.
Bref, je suis mitigée, mais je pense quand même que ce livre est important et qu’il trouvera son public. D’ailleurs, je l’ai raconté devant un groupe aujourd’hui et j’ai vu l’intérêt s’allumer dans de nombreux yeux, signe qu’on a vraiment besoin de plus de romans de ce type. Qu’en dites-vous ?
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