Laisser le livre être un livre

 
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23 août 2020

Depuis quelques années, à chaque rentrée scolaire, je publie un billet avec quelques idées, quelques conseils pour rendre la lecture incontournable en classe. Avoir des livres en classe. Utiliser Instagram (il y a d’ailleurs une fantastique communauté de profs de français au secondaire qui ont investi ce réseau cet été et ça rend l’expérience encore plus riche). Lire des albums. Lire à voix haute. Prendre du temps. Parler de soi en tant que lecteurs. Des idées simples, accessibles, qui peuvent vraiment changer notre rapport à la lecture et le rapport de nos élèves aux livres. Cette année toutefois, j’ai eu envie de ne dire qu’une chose : il faut aussi laisser le livre être un livre.

Les réseaux sociaux sont géniaux, je m’y nourris comme je peux imaginer que vous le faites, et les profs de français créatifs ne manquent pas, si bien qu’on retrouve de plus en plus d’idées d’activités à faire autour des livres et de documents utiles, clé en main, qui proposent des activités chapitre par chapitre, des pistes de lecture, des cartes de tâches (Véronique a d’ailleurs présenté ce qu’elle fait autour des albums dans un article ici), des documents de suivi, des carnets de lecture, etc. C’est foisonnant et ça peut aider de nombreux enseignants d’un peu partout à revoir leur approche des livres et à les enseigner, les évaluer autrement, ce qui n’est que bénéfique.

Mais… (vous le saviez qu’il y avait un mais, n’est-ce pas ?)

Remplissez-vous un questionnaire à chacune de vos lectures ? Vous arrêtez-vous à chaque fin de chapitre pour faire un schéma de ce que vous avez lu ? Prenez-vous toujours le temps de faire des fiches de personnage ? De rechercher des images sur Internet pour représenter les décors rencontrés ? Autant je vois passer de chouettes idées, autant je me dis qu’il faut faire attention, prendre un pas de recul et se demander si on n’est pas dans la surexploitation. Si on ne transforme pas les livres en outil d’apprentissage, les détournant de leur fonction première. Autant j’aime quand on utilise les livres pour enseigner, autant il me semble crucial de laisser les élèves lire pour lire. Découvrir ces œuvres que vous aimez profondément et dont vous leur parlez avec passion sans les associer à des travaux, à des obligations. Sans être obligés de les décortiquer, de parler de leur ressenti, de partager avec leurs pairs leurs questionnements. On doit le faire, on veut leur donner des outils de grands lecteurs, on veut modeler, leur faire vivre des partages qui les aideront à grandir en tant que lecteur, que « compreneur », mais jusqu’ici, dans tout ce que j’ai vu dans les dizaines d’écoles que j’ai visitées, dans mes classes, dans celles des profs que je côtoie, ce qui fonctionne le plus, ce qui crée vraiment des lecteurs avides, persistants, ouverts, c’est la liberté. Lire ce qu’ils veulent souvent (même si certaines œuvres partagées par tout le groupe peuvent être vraiment intéressantes). Ne pas associer la lecture à un travail, un questionnaire, une discussion obligatoire. Juste lire. Et partager s’ils ont envie. Et se laisser contaminer par le plaisir des autres.

Quelles lectures ont marqué votre parcours de lecteur ? Comment les avez-vous découvertes ? Cet été, quel livre avez-vous eu le plus de plaisir à lire ? Pourquoi ? Qui sont ceux qui vous inspirent le plus en tant que lecteur ? Que font-ils ? Comment peut-on amener les réponses à ses questions à nourrir notre propre enseignement ?

Alors que cette année 2020-2021 s’amorce sous le signe des masques, de la distanciation et des complications (il y en aura, bien sûr), c’était ce que j’avais envie de vous partager. Cette volonté de laisser le livre être un livre.

Qu’en dites-vous ?  

Vous avez trouvé une faute ? Oui, j'en laisse parfois passer. N'hésitez pas à me la signaler à sophiefaitparfoisdesfautes@sophielit.ca et je la corrigerai ! Merci et bonne lecture ! :-)
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Karine (23.08.20 à 14 h 12)

Je suis tout à fait d'accord avec toi. Je pense qu'étudier les livres, c'est top, mais avoir une bibliothèque avec des livres que les jeunes peuvent choisir et lire comme ils veulent, c'est génial aussi. Pour pouvoir "lire pour lire"... et rien d'autre! Bref, un habile mélange des deux.
Francine (24.08.20 à 03 h 50)

Lire pour lire ... quel bonheur!!! Déjà que les lectures obligatoires avec des livres "obligatoires" détruit le goût de lire chez les étudiants voilà que, enseigner avec la littérature jeunesse,achève le tout :(
Catherine Germain (24.08.20 à 14 h 57)

Tellement d’accord! La lecture , c’est la liberté! Les vagabondages, les essais, les expériences personnelles... l’apprentissage, c’est autre chose!
Anne Gucciardi (25.08.20 à 17 h 46)

Tu me fais réfléchir chère Sophie. Je suis en partie d'accord. Je me dis que le livre (roman, album, documentaire, bd..) est un outil nécessaire pour les enseignant.es qui ont fait le choix de ne plus ou ne pas utiliser le cahier d'exercices. Je suis convaincue qu'elles/ils ont en classe des bacs de livres à lire pour le plaisir et des livres outils pédagogiques. Depuis que j'ai lu ta maxime «laisser le livre être un livre» elle bouscule mes convictions. Merci de me faire réfléchir comme ça!

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